Clément Garnung a passé sa jeunesse entre l’Europe et l’Afrique, où il puise aujourd’hui, en grande partie, son inspiration. Au Sénégal, il rencontre Jacob Yacouba (1947-2014), de son vrai nom Yakhouba Diallo. Surnommé « le peintre de la femme » parce que la figure féminine africaine est son thème de prédilection, Jacob Yacouba est adepte de l’école de Dakar, un mouvement de renouveau artistique né au Sénégal au début des années 1960. Clément Garnung se reconnaît dans les valeurs de son aîné et s’inscrit dans une filiation de pensée, une filiation spirituelle aussi. Comme lui, il croit en l’humanisme et il pourrait affirmer de même : « Je ne peux pas ne pas peindre l’Afrique. »

Ses toiles portent cette présence africaine dans d’imposants visages. Ces portraits bousculent, bouleversent notre vision du monde en ce qu’ils parlent aux couches profondes de l’être. Ils possèdent quelque chose de franc, de direct, d’originel. Empruntant à l’écrivain Henry Bauchau, nous pourrions dire qu’ils « ont l’innocence dans la peau » et sont faits « de la matière immédiate de la terre ». Ils sont la présence qui est effroi et chaleur. Mais c’est dans l’œuvre de Benon Lutaaya que Clément Garnung a trouvé une esthétique dont, en quelque sorte, il est la mémoire en France. Benon Lutaaya est né en Ouganda, a vécu à Johannesburg et s’est rendu célèbre par ses portraits figuratifs qui mettent en scène la fragilité de la vie. Clément Garnung s’en inspire mais use d’une technique qu’il s’approprie et qui sublime le chaos intérieur dans la composition comme variation – car ses visages sont aussi musicaux si l’on convient qu’ils déclinent le sentiment de perte ou de précarité qui étreint l’homme sur son habitacle transitoire.

Tout en rendant hommage au maître, l’œuvre transpose dans un nouvel univers ce qui se donne à voir comme une unicité et une singularité. Transcendé par sa culture multiraciale, l’imaginaire de Clément Garnung propose une temporalité en mouvement tant les regards de ses portraits paraissent vivants. Rien ne peut laisser penser à un arrêt sur image. Les visages sont détenteurs d’une mémoire, d’une histoire qui nous dépasse et nous comprend, et laissent poindre l’aventure du temps présent. S’y raconte une légende ancestrale qui se souvient sans connaître le fonds d’aucune origine. Celui qui regarde s’ouvre à une forme d’éveil corporel proche de la danse. Clément Garnung propose une rencontre toute de sensualité et de sauvageté. Il s’agit d’enfreindre une loi cardinale comme enfreindre celle d’un amour interdit. Toutefois, nul péché originel mais la dimension prométhéenne de qui souhaite par son art partager l’intime, c’est-à-dire un espace où l’autre se reconnaît comme tel. La matière y est lumineuse par arasement de la vision, la lumière foudroie où le regard porte sa chimère, un courant ascendant déborde le sentiment, le masque étreint la peur comme une inquiétude se dissipe, un plein chant bat le corps et sa nuit, les visages tiennent l’émotion plus vive que le réel n’est lisière. Le cœur se renverse sur le rebord du monde, déplace, se déplace, bouleverse ce qu’agglomèrent nos vies. Quelque chose d’aérien et de vertical, de libre et d’assigné s’empare du peintre qui obéit à la puissance architecturale et à l’imposante volonté d’être. Il y a une impérieuse nécessité dans l’œuvre de Clément Garnung. S’y tiennent également la mesure abrupte et l’évidence nue. Face aux visages géants qui nous observent, on s’abreuve au lait des steppes et au ciel flamboyant, on enchaîne son cœur, on convoque sa démesure. On sent battre au thorax les fourmis du solstice, on unit sa nuit reine à l’embrasement. Clément Garnung ne se sépare de ses toiles que dans l’adieu. Alors il s’approche de son personnage, ses yeux deviennent photographiques et avec le silence discret du grand amour, il caresse le visage qui bientôt le quittera. Son adieu coule, intérieur, vertical et transparent où le trait noir sur la toile matérialise un chagrin en l’anticipant. Le peintre a porté la lumière vers le plus grand agrément.

Régis Lefort,
21, 22 et 23 mai 2019.

 

Clément Garnung

Héritage(s)

CV ARTISTIQUE

ÉTUDES

École Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Bordeaux 2008 - 2012

SCUPLTURE SOCIALE

(Ingénierie de projet culturel et de développement, du local à l’international )
- Organisme culturel CARGO 209

- Tiers-Lieux de l'Usine Végétale

DIRECTION ARTISTIQUE

- Saison culturelle de l’Usine Végétale

- Programme de résidences et d’expositions : art et science CARGO 209

- Projet «10 tonnes de préjugés OPUS I» ( France/Sénégal 2ans)
- Projet «10 tonnes de préjugés OPUS II» ( France/ Canada / Sénégal en cours 4 ans )

- «37m3 Plus Loin»  pour la Fête du fleuve, Bordeaux, 2015

PRINCIPALES EXPOSITIONS

2019

- Christie’s international Real Estate, Bordeaux

- Solo Show Galerie 1809 Marseille

- Human Nature,  Usine Végétale

- Solo Show, Les Docks, Marseille

- Exposition Collective, SAFFCA (avec Barbara Shroeder et Nelson Makamo), Libourne

2018

- Fusion, Semaine des Afriques, Bordeaux

- Solo Show, Vinci I Pébéo I Galerie 1809, Marseille

- INVESTIC ART FAIR , SAFFCA, Cap Town,

- OFF Biennale d’Art contemporain DAK’ART, Le Chateau, Saint-Louis du Sénégal

- Invitation et collaboration avec Salimata Diop et Sidney Régis pour l’inauguration de l’Usine Végétale

- Exposition et performance pour le Festival international du film indépendant de Bordeaux "FIFIB"

- Festival Eclosion, Le Fieu

2017

- Forum des Arts et de la culture, Talence

(invitation de plusieurs amis dont Henri Lamy pour investir l’espace public devant le forum)

- Résidence Malasimbo Arts Festival, Manille, Philippines

- Installation Malasimbo Arts  festival, Puerto Gallera Philippines

- 59 rue de Rivoli, Paris

- Solo Show, Mairie de Lège-Cap Ferret

- Fresque Murale sur l’agence d’architecture l’Atelier FGA avec le projet Euraltlantique Bordeaux et les Chaux de Saint Astier

- Résidence Project Space / SAFFCA,  Johannesburg, Afrique du Sud

- IFAS Institut Français de  Johannesburg, Afrique du Sud

- Solo Show, l’Atelier FGA, Bordeaux

2016 / 2015 / 2014 / 2013

- Festival Spirale à Histoire, Riscle

- Taverne Gutenberg, Lyon

- Chateau Freychaud sur invitation de Madame Moueix, Bouliac

- DARWIN Bordeaux

- Installation artistique dans l’espace public, Quais des Quéyries Bordeaux

- Galerie nationale de Dakar, Sénégal

- Université Bordeaux

- Institut Français de Saint-Louis du Sénégal


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